Mais pourquoi Berlin, d'abord ?


Cela faisait des années que je comptais me rendre dans la capitale allemande, sur les traces de vieux mythes du cinéma et du rock alternatif des années 80. Car, pour moi, les années 80 ne se sont jamais résumées au "post disco" ou aux charts marrants, parfois attendrissants, mais souvent hideux, du Top 50. Berlin était là pour permettre à toute une génération de jeunes musiciens et paroliers d'exprimer leur vision du monde que la génération de nos parents façonnait depuis l'après guerre.


J'ai longtemps reculé la date d'un voyage là-bas, de peur d'être déçu, de peur de simplement voyager jusqu'à un vieux cimetière ou, pire, une ville musée. Mes "héros" avaient depuis longtemps déserté les lieux. Seuls les vieux dadas de Einsturzende Neubauten sont restés dans la vieille capitale délabrée ; les autres ont vite rallié Londres ou New York, des cités plus riches et moins destroy. Quoique. A la fin des années 70, David Bowie avouait déjà qu'il quittait Berlin pour protéger son  fils de la proliférations des skinheads. Or, à cette époque là, Berlin prenait un autre visage, elle se laissait prendre par la techno et la fête qui la caractérisent aujourd'hui (1989, première Love Parade).


La chute du Mur a sans doute aussi agi sur le lissage de cet esprit libertaire et un peu encanaillé des années 80, lorsque l'on venait enregistrer un album au Hansa tonstudio, à deux pas du rideau de béton. Et puis, plus morbide sans doute, Christiane F. (Vera Christiane Felscherinow, de son vrai nom) traînait alors avec le bassiste Alexander Hacke. Elle se piquait encore mais ne tapinait plus (je l'espère pour elle), son livre ou ce livre qui recueillait son histoire sordide s'était déjà très bien vendu (je n'ai pas pris de photo à la station Zoo Bahnhof...).

 

J'ai finalement décidé, cette année, d'y aller, accompagné d'un ami et de mon vieux télémétrique. Le problème, c'est qu'une fois sur place la pile de mon appareil était complètement déchargée. Il a fallu faire les photos en mode 100% manuel, sans l'aide d'aucune cellule, totalement au pif. Un bon dépucelage. Le noir et blanc est assez souple, m'avait-on dit un jour, si bien que j'ai pu improviser allègrement mes réglages. Sauf que...


Sauf que, une fois les pellicules de 100 iso épuisées, j'ai gardé pour celles de 400 les mêmes réglages que ceux que j'avais employés jusque là... Autant dire que les trois quarts des photos se sont retrouvées  très mal exposées. Le reportage sur Berlin présenté ici est donc le fruit de ces improvisations, pour autant j'ai choisi de le montrer à ceux qui ne connaîtraient pas ce côté "undergound" de la capitale allemande, ancienne capitale alternative de l'Europe.


G. 04/04/2009


Mur de Berlin, trou causé par des coups de burin en 1989. le jour passe à travers.
Sur le Mur...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mur de Berlin est aujourd'hui découpé en portions de tailles inégalement dispersées dans la ville. La partie la plus intéressante est sans doute celle qui se trouve du côté Est, vers Ostbahnhof : l'East Side Gallery.


Des pans entiers de l'East Side Gallery sont protégés des tags et des grafs qui continuent d'apparaître sur le béton pourri par les intempéries. Les peintures "historiques" les plus connues se dégradant, plusieurs portions sont fermées au public, notamment du côté occidental du Mur.


Pour autant, les trous causés en 1989 par les burins des Allemands sont toujours là. Ils rappellent que la ville avait beau être à ciel ouvert, il manquait des bouts de fenêtres pour voir de l'autre côté.

 

 


 

 

Mur de Berlin, pochoir du Che-Guevarra portant un tee-shirt du Che
...un poster moderne

  No comment... Si ce n'est que ce pochoir récent est tout à fait bien inspiré.

 

Berlin est-elle une ville de pure représentation ? Voir, plus loin, ce qui concernera les squats...

 

 

 

 

Photo d'un jeune soldat américain des années 50, à Checkpoint Charlie, au coeur de Berlin.
Anonyme d'autrefois...

 

 

 

 

 

"Checkpoint Charlie", qui marquait le point de passage le plus important de Berlin était contrôlé par les Américains, au croisement de la Zimmerstrasse et de la Friedrichstrasse. C'est toujours un passage incontournable de la ville, même si l'on ne veut pas y prendre garde. Ce jour là, entre les cars garés au bord du trottoir, de nombreux touristes italiens et quelques Français scrutaient l'invisible, soit une frontière historique dématérialisée, mais symbolisée par une vieille guérite blanche, des faux tamponneurs de faux passeports, et deux ou trois panneaux montrant les photos de soldats alliés et Est-allemands. Quand la mémoire devient un jeu...


La porte de Brandebourg subit le même sort. On peut s'y faire photographier aux côtés d'un faux soldat soviétique qui brandit avec entrain, sur un petit podium, un encombrant drapeau rouge. Les touristes le shootent au numérique avec frénésie, rigolent un coup puis s'en vont, satisfaits.

 

 

 


 

Berlin, macadam, zones tracées sur le sol, photos d'identité abandonnées par terre
...anonyme d'aujourd'hui

 

A Berlin la moustache est à la mode, au delà du quartier turc de Kreuzberg ! Et la mode gagne toute l'Europe...


Jusque sur le macadam, la ville est zones, séparations, contrastes. Pour autant, on ne s'y sent pas du tout engoncé. L'espace y est vaste, les rues sont larges, à l'image de l'Alexanderplatz les places sont très grandes, et le ciel n'est pas dissimulé par des immeubles qui seraient trop hauts, comme à Paris ou à Londres, parfois. On respire.

 

 

 

 

Mémorial de l'Holocaust à Berlin, composé de blocs de béton couchés sur le sol, comme des tombes anonymes.
Holocaust Mahnmal

 

Le mémorial de l'Holocaust, le long de Hannah-Arendtstrasse. En suivant les passages entre les blocs, qui montent et descendent sans que l'on s'en rende compte, on y progresse sans repère véritable. Seules les barres d'immeubles, qui forment une enceinte sur trois côtés (moitié haute de l'image), permettent d'insuffler une once de réalité à cette "installation" abstraite (moitié basse de l'image). Les arbres y sont rares, juste le long, et le béton couleur ardoise y domine. Le tirage m'a permis de faire ressortir ces "tombes" plus claires qu'elles ne le sont en réalité.

 

 

 

 

 

un café dans un squat, avec un vélo posé contre le mur, près de la baie vitrée et de la porte. Les murs sont remplis de tags.
Un squat vers la station S-bahn Ostkreuz (image recadrée)

Les squats sont à Berlin une institution depuis au moins trente ans. Ce qui n'a pas été détruit par la Guerre ou par le Mur a été investi par les "alternatifs".


Ces derniers jouissaient d'une véritable organisation, un peu à contre-courant de l'image que l'on aurait d'eux. Afin de bénéficier des subventions que la ville et le länder de Berlin (socialistes) leur proposaient, ils devaient payer un loyer symbolique. Pour survivre et développer leurs ateliers, leurs groupes de gestion, leurs centres culturels ou leurs micro-entreprises, pour entretenir leurs lieux d'habitation et de vie, un certain nombre avaient regroupé leurs forces et leur argent dans la banque "alternative" du nom de Netzwerk. Cependant, dès le début des années 80 déjà, les plus anciens se plaignaient que l'esprit des squats de Schönberg ou de Kreuzberg, pas nécessairement hippies, s'était perdu. Un ancien punk belge, témoin de la "fin des squats", me l'a récemment confirmé . Selon lui, ça n'avait rien d'absolument romantique. L'alcool, la drogue et les illusions post-punk y ont fait des ravages.


Aujourd'hui, les squats se sont aseptisés et déplacés à l'Est, tandis que ceux que l'on connaissait à l'Ouest se sont "boboïsés". Il est loin, ce jour de mai 1987 où les squateurs de Kreuzberg se rebellaient contre le pouvoir et fomentaient des émeutes restées dans l'Histoire. Dans les squats de Friedrichshain, on trouve beaucoup de cafés, comme celui-ci, de discothèques, de centres de loisirs pour les enfants qui viennent, le samedi, faire du skate-board accompagnés de leurs parents.


Le squat, c'est coooool. Les tours operators organisent depuis plus de 20 ans des "Alternativ tours", au moyen desquels on peut venir s'encanailler autour de ces lieux. Malheureusement, on connaît le destin de tout ce qui s'institutionnalise... Les Frigos, les Voûtes, la Cour du Maroc à Paris en sont, à notre portée, des exemples frappants.


Pour mieux appréhender l'esprit des squats et du Berlin des années 70-80, rien de tel que la lecture de cet ancien ouvrage : Berlin, le ciel partagé. Paris : Autrement, 1984. 260 p.

 

 


 

 

Assis côte à côte dans le métro, deux Allemands regardent en l'air dans la même direction, hors du cadre de l'image.
U-bahn

 

Le métro berlinois est spacieux, silencieux et moderne. Il pourrait résumer à lui seul la ville.


A l'intérieur, les passagers ont souvent, bon gré mal gré, les yeux rivés sur des écrans vidéo où sont diffusées en permanence des annonces météo ou des films publicitaires envahissants. Difficile d'y échapper...

 

 

 

 

 

Un immeuble gris et banal vu de la cour intérieure. Le soleil nous illumine par son reflet sur les fenêtres.
Le Hansa tonstudio

 

  Le soleil de la fin de journée vient réchauffer les fenêtres de cet immeuble lambda. Derrière elles, pourtant, depuis cette arrière-cour, il est possible d'entrevoir l'intérieur du petit (fenêtres du haut) et du grand studio (celles du bas, à droite). Le Hansa tonstudio se dresse ainsi dans un quartier en pleine rénovation, près de la Potsdamer Platz, où jadis les terrains vagues servaient de décors aux Ailes du Désir de Wim Wenders.


Il y a vingt à trente ans, les meilleurs groupes de rock du moment y ont défilé pour enregistrer leur musique de fin de siècle : David Bowie, Iggy Pop, Depeche Mode, Nick Cave & the Bad Seeds, le Crime & the City Solution, et bien d'autres.


Ce jour là, le rappeur Samy Deluxe fumait tranquillement une cigarette près de la porte en acier du studio, où quelques uns de ses amis enregistraient un disque de reggae.

 

 

 



Un immeuble en verre cache un ancien hotel berlinois en pierres.
L'hôtel Esplanade

 

Ce mythique hôtel berlinois, jadis écrin magnifique pour les diplomates et les hommes d'affaires, a été sévèrement touché par les affres de l'Histoire.

 

En 1984, il est immortalisé par Wim Wenders dans les Ailes du Désir. On peut voir dans ce film deux concerts magiques qui se déroulent dans le hall et dans le bar de l'hôtel : Crime & the City Solution y joue tout d'abord "Six Bells Chime", un morceau d'anthologie d'une sensualité folle (mais un peu surjoué par le chanteur Simon Bonney, pas très à l'aise en playback), puis Nick Cave & the Bad Seeds interprètent avec brio "the Carny" et "From Her to Eternity", ré-arrangée pour l'occasion. Afin d'avoir un petit aperçu de ces concerts, consulter Youtube (les dialogues sont en russe, puisque les droits d'auteur sont passés par là. Mais les "ostalgiques" seront ravis !) : http://www.youtube.com/watch?v=4LyANVY1fwg


Patrimoine historique, l'hôtel est à nouveau en activité. Pour le préserver du temps à venir, il est désormais  enfermé derrière un mur de verre. Attenant, le célèbre Sony Center, dont les préoccupations financières sont à mille lieux de la poésie du film de Wenders.

 

 

 

 

 

 

Deux jeunes traversent une cour intérieure pour en atteindre une seconde, où se trouve un magasin du nom de Hard Wax.
Hard Wax, au fond de la cour...


Il est strictement interdit de prendre des photos à l'intérieur des clubs berlinois. C'est expressément le cas au monumental Panorama Bar, le club techno à la mode, situé à l'Est, dans une vieille usine électrique. De plus, les videurs sont très sélectifs, il souhaitent tant que faire se peut éviter les bandes de jeunes qui pourraient chahuter, si bien que de nombreux groupes de touristes, anglais pour la plupart, se font rejeter à l'entrée du Panorama.


Pour tous ceux qui auraient loupé cela, il reste le Hard Wax, un disquaire de musique électronique particulièrement raffiné où les disques les plus rares s'arrachent à prix d'or. Situé au troisième étage d'un immeuble discret situé dans le fond d'une cour près du canal, il ne se laisse pas pénétrer comme ça.

 

La vie à Berlin se passe d'ailleurs souvent dans le fond des cours d'immeubles. Passé l'allure sombre des lieux, c'est là qu'on trouve l'entrée des crèches pour les enfants, des ateliers d'artistes et des galeries, des endroits où l'on peut prendre des cours de musique, c'est là que les boutique s'ouvrent aux visiteurs, et c'est au fond des cours que l'on trouve aussi les cafés et les bars branchés.


Ici, deux aficionados se rendent d'un pas décidé dans ce temple de l'electro allemande.

 

 

 



La tour télé de Berlin (une boule placée en haut d'un pic d'à peu près 200 ou 300 mètres de haut) se dresse derrière les grilles d'un stade, dans la banlieue de Berlin.
La Fernsehturm (image recadrée)

Cette célèbre tour de télévision trône sur l'Alexanderplatz. Construite par le régime de la RDA, elle domine tout Berlin. La Fernsehturm est inévitable. Quel que soit l'endroit où l'on se trouve, comme ici vers les marges de Kreuzberg, on ne peut la manquer. Devant ou derrière un mur, un grillage, une zone...

 

 

 

 

 

bateaux-mouche, usine électrique, Spree, Charlottenbourg, Berlin
Charlottenbourg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l'Ouest, le quartier assez riche de Charlottenbourg. Le long de la Spree ou du Landwehrkanal, des bateaux-promenade attendent le retour du printemps pour officier. Au fond, une usine majestueuse rappelle la puissance industrielle du pays. Rien à voir avec les quartiers aujourd'hui à la mode que sont Friedrichshain, Mitte ou Prenzlauberg, l'Ouest est "mort" l'hiver. Il faut attendre avril ou mai pour que s'ouvrent le long de ces cours d'eau une multitude de petits bars branchés, où les jeunes Berlinois viennent habituellement se distraire.

 

G. 05/04/2009.

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